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l'impétrant

Discussion in 'Français Seulement' started by Marivaudacieux, Jul 5, 2013.

  1. Marivaudacieux New Member

    Italiano
    Bonjour! C'est la première fois que je vous écris donc je vous prie de patienter au cas où je ne formulerais pas la question comme il le convient. J'aimerais bien que vous lisiez le passage suivant afin de mieux saisir le contexte:
    "Passants pressés, nous lui faisons l’offrande d’une pensée aseptisée mais aussi chargée qu’un talisman. Car nous en avons peur. Conscients que l’attaque est sournoise, encore imprévisible et imparable. «Elle» est là, tapie dans nos synapses, lovée dans les replis de notre fragile hippocampe, invisible lésion qui, un jour ou l’autre, conduira l’impétrant à prendre la clé des champs. C’est une guerre de tranchées, un terrorisme planétaire qui rôde, choisit ses proies. Attaque surprise, effondrement de la cible et dégâts collatéraux pour l’entourage."
    On est dans un centre d'accueil où vivent quinze résidents et l'équipe médicale. Les "passants pressés" sont les conjoints des résidents et "Elle" représente la maladie d'Alzheimer qui les a atteints. Je crois avoir compris que l'impétrant correspond au malade, mais vous pourrez me démentir. D'après vous, quel est le sens du mot impétrant? Quelqu'un d'entre vous y reconnaît peut-être un ton ironique? Je vous copie la définition que j'ai tirée du TLF: celui (celle) qui a obtenu de l'autorité compétente ce qu'il (elle) avait sollicité (charge, titre, privilège). C'est comme si le malade s'était expressément remis à l'autorité de la maladie même. Mais ce n'est qu'une conjecture à vérifier. Merci bien de votre attention et j'espère avoir été assez clair.
    Cordialement,
    M.
     
  2. snarkhunter

    snarkhunter Senior Member

    France, Région parisienne
    French - France
    Bonjour, et bienvenue sur ce forum !

    Effectivement, il s'agit bien ici d'une forme d'ironie, ou d'humour assez noir.
    Un impétrant est par définition une personne qui accède à une fonction ou un statut : bref, quelqu'un qui reçoit quelque chose.

    Ici, cet impétrant est effectivement le malade atteint d'Alzheimer. Mais on peut difficilement considérer que devenir victime de cette maladie soit en aucune façon un titre de gloire. Disons que l'analogie avec l'initiation présente ici cette différence importante que, dans le cas de la maladie, on la subit sans l'avoir choisie, et sans vraiment rester maître de ce qu'on deviendra ensuite...
     
  3. Marivaudacieux New Member

    Italiano
    Merci bien snarkhunter! C'est très gentil de votre part. En vous lisant, j'oserais affirmer que le malade est considéré tout comme une sorte de prédestiné, un élu que la maladie a expressément investi d'une charge ou bien d'un titre (d'un point de vue métaphorique, évidemment) pour ainsi dire. Ai-je bien compris? L'auteur semble donc dissimuler une nuance d'ironie amère, voire mélancolique. N'est-ce pas? Mais j'attends quand même d'autres avis. Je vous remercie infiniment de votre intervention.
    Bien à vous,
    M.
     
  4. snarkhunter

    snarkhunter Senior Member

    France, Région parisienne
    French - France
    ... d'ironie très amère, oui : je pense qu'il convient de l'interpréter ainsi.
     
  5. Comtois Senior Member

    France
    Français
    Tout à fait d'accord avec snarkhunter, et vous l'exprimez très bien en parlant d'un élu de la maladie.
     
  6. JeanDeSponde

    JeanDeSponde Senior Member

    France, Lyon area
    France, Français
    La phrase semble dire que nous (les passants) sommes potentiellement les futures victimes de la maladie.
    Et c'est ce qui nous fait peur, à nous les "passants" confrontés à la vision de la maladie :
    C'est pourquoi je pense que l'impétrant sera le "passant" chez lequel la maladie se sera déclarée, qui aura, en quelque sorte, obtenu son diplôme d'Alzheimer :
     
  7. Marivaudacieux New Member

    Italiano
    Merci bien à tous pour vos commentaires. Les "passants pressés" sont plutôt les conjoints ne leur rendant visite qu'une fois par semaine. C'est pour cela qu'ils se sentent coupables de les avoir abandonnés et qu'ils se remettent aux compétences de l'équipe soignante vivant avec les malades 24 heures sur 24.
    Cordialement,
    M.
     
  8. JeanDeSponde

    JeanDeSponde Senior Member

    France, Lyon area
    France, Français
    Les passants pressés sont effectivement les conjoints rendant visite aux malades.
    Mais les impétrants, à mon avis, ne sont pas les malades de l'établissement.
     
  9. Marivaudacieux New Member

    Italiano
    Et donc, vous estimez que l'impétrant, dans ce cas spécifique, est le malade en général (pas forcément l'un des résidents du centre d'accueil), ou bien toute personne pouvant abriter la maladie en germe, par exemple. C'est possible, en effet.
     
  10. giuseppegg Senior Member

    Italian
    Quant à moi, je pense que ce soit toute personne pouvant abriter la maladie en germe. Quant aux synonimes (j'ai bien compris?): titulaire? bénéficiaire? (ah, il n'y en a pas d'autres qui me viennent à l'esprit...; mais je vois dans les post précedants: élu, initié...) ggg
     
    Last edited: Jul 5, 2013
  11. Comtois Senior Member

    France
    Français
    Quoique j'espère éclairer la question, je n'irai pas jusqu'à prétendre la tirer au clair.
    J'ai été étonné de la définition d'impétrant du TLF. J'ai donc cherché dans quelques autres dictionnaires, qui donnent tous à peu près la même. Or il me semble qu'elle est un peu inexacte.
    Pour moi, l'impétrant est celui qui, ayant satisfait aux conditions requises pour obtenir ce à quoi il prétendait, se plie aux formalités (éventuellement aux cérémonies) nécessaires pour officialiser son nouveau statut.
    Par exemple, une cérémonie de remise de diplômes intronise les nouveaux diplômés, et c'est seulement à l'issue de cette cérémonie qu'ils sont officiellement diplômés. Ensuite ils ne sont plus des impétrants, ce qu'ils n'auront été que le temps de la cérémonie (ou d'autres formalités).
    Personne ne dira d'un médecin qu'il est un impétrant en médecine parce qu'il a obtenu son diplôme dix ans auparavant. L'impétrant n'est pas celui qui a obtenu, mais celui qui obtient, au moment où il obtient effectivement : dignus est intrare. Impétrer (le verbe existe), c'est entrer. Quand on est entré, on n'est plus en train de le faire : on est dans la place.


    Le mot impétrant est donc ici, si je ne suis pas dans l'erreur, un contresens. Par conséquent on ne peut pas savoir (sous réserve d'autres précisions) s'il s'applique aux malades effectifs ou aux malades potentiels.
    Personne n'étant, ni n'ayant été, candidat à la maladie, personne ne peut être ou avoir été impétrant. Mais on peut considérer que le mot est employé métaphoriquement (comme candidat peut l'être : « fumer, c'est se porter candidat à la bronchite chronique ou au cancer du poumon », par exemple, ce qui n'est pourtant nullement dans l'intention du fumeur). Dans ce cas, l'impétrant sera celui qui se fait reconnaître comme atteint de la maladie, ce qui ne peut concerner ni ceux qui sont déjà reconnus, ni ceux qui, n'étant candidats que sans le savoir, ne peuvent pas (pas encore) être reconnus. Le mot n'est donc pas approprié, à moins de considérer qu'on prend la clé des champs en entrant dans la confrérie des malades. Mais on ne conduit pas l'impétrant : tant qu'il n'est pas au pied du mur (sur le seuil de la porte), il n'est pas impétrant. Ça ne marche pas.


    Alzheimer est une maladie évolutive. On ne tombe pas malade : on le devient progressivement, et on peut l'être un certain temps sans le savoir et sans que personne ne le soupçonne, puisque chez les sujets sains la mémoire s'affaiblit normalement plus ou moins avec l'âge.
    Mais la maladie peut être diagnostiquée (parfois abusivement), et le malade interné, bien avant l'effondrement évoqué : ce n'est que lors de cet effondrement (qui d'ailleurs sera lui aussi plus ou moins progressif) que le malade va prendre la clé des champs. Et quand il le fera il ne sera pas impétrant : le sens premier d'impétrer est réclamer (au sens de faire valoir son droit), et il ne prétendra à rien. Même métaphoriquement, quand aura-t-il été impétrant ?


    Au bout du compte, je crois que l'auteur comprend mal le mot (qu'il confond sans doute avec candidat, mais impétrant fait plus littéraire), et connaît mal aussi la maladie en question. Et on ne sait toujours pas s'il s'agit de candidats à la maladie ou de candidats à l'effondrement.
     
    Last edited: Jul 6, 2013

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