à ne plus que savoir en faire [sic]

Mauricet

Senior Member
French - France
Cette étrange tournure figure dans l'inusable chanson de Jean Ferrat La montagne, à propos du vin que faisaient les gens de son pays d'adoption, en Ardèche :

C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête


J'ai toujours trouvé cette forme bizarre, mais comme Ferrat était un fin lettré, je me demande pourquoi il a écrit ça. Normalement on dirait à ne plus savoir qu'en faire, ou à ne plus savoir quoi en faire qui est un octosyllabe comme à ne plus que savoir en faire. Est-ce pour l'euphonie, au détriment de la grammaire, ou licence poétique ? Ou est-ce que j'ai tort de trouver ça grammaticalement incorrect ?
 
  • trenlau

    Member
    french
    Je serais tenté de répondre licence poétique pour cette phrase tant elle me semble bizarre (ce qui n'enlève rien à la beauté de cette chanson !!)
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    On peut aussi s'interroger sur le "il" qui renvoie au vin, mais on parle d'horrible piquette (au féminin donc) ...
    Pour à ne plus que savoir en faire plus que licence poétique il faudrait écouter l'air pour voir si celui-ci admettrait la forme correcte à ne plus savoir qu'en faire,.
     

    Mauricet

    Senior Member
    French - France
    Tout le texte est en octosyllabes réguliers, cette forme correcte-là n'aurait pas collé. Et à ne plus savoir quoi en faire n'est pas très joli, faut avouer ...
     

    itka

    Senior Member
    français
    il faudrait écouter l'air pour voir si celui-ci admettrait la forme correcte à ne plus savoir qu'en faire
    Tu veux dire que tu ne le connais pas ? Est-ce possible ? :rolleyes::D
    Non, il n'y a pas le même décompte de syllabes, mais surtout, c'est un poème, n'est-ce pas ?;)
     

    Micheljacques

    New Member
    French
    Bonjour,

    Je comprends votre désarroi. J'étais adolescent dans les années 70 et n'ai jamais prêté attention à cette bizarrerie.
    Je l'ai découverte ce soir à ma grande stupeur, en regardant une belle émission que France 3 lui a consacré, cinq ans après sa mort.

    A l'époque de Molière, le pronom complément pouvait précéder les deux verbes ; Aimer à perdre la raison,
    Aimer à n'en savoir que dire) peut donc fort bien constituer une licence poétique. En revanche, à ne plus que savoir en faire est une aberration.
    Que ce grand poète, à qui nous devons tant, repose tout de même en paix.

    Michel Garçon
     

    agnelo

    Senior Member
    French
    Ce vers est d'autant plus intéressant qu'il est ambigu. Je ne suis pas totalement convaincu que ce soit une aberration.
    Tout d'abord, placé de cette manière, directement après "ne plus", "que" semble être une conjonction, alors que c'est un pronom. C'est sans doute ce qui nous interpelle à la première écoute ou à la première lecture. Si l'on considère "que" comme un équivalent littéraire de "quoi" et qu'on le remplace par "quoi", cela fonctionne un peu mieux:

    À ne plus quoi savoir en faire.

    Ensuite, comme vous l'avez souligné, Mauricet, la formulation suivante est préférable, en tout cas nous choque moins:

    À ne plus savoir quoi en faire.

    Au risque de couper les cheveux en quatre et les octosyllabes en deux (ce qui est d'ailleurs le cas dans le vers de Ferrat), je ferais une distinction entre les deux formulations.
    Dans "À ne plus savoir quoi en faire", le verbe précède l'objet : vous savez déjà, mais vous ne savez pas "quoi", plus précisément "quoi en faire".
    Dans "À ne plus quoi savoir en faire", l'objet précède le verbe : vous ne savez pas encore, à plus forte raison quoi faire, d'un objet dont vous avez pourtant connaissance.

    La formulation de Ferrat me semble plus puissante. Il faudrait fouiller je ne sais pas où dans le Grevisse pour établir si elle est ou non grammaticalement correcte.

    Il faut aussi songer qu'il s'agit d'une chanson et non pas d'un poème. Cela va mieux en le chantant. Dans "À ne plus quoi - savoir en faire", la pause mélodique tombe au milieu du vers, soit après le quatrième pied, ce qui est parfait pour une mesure à quatre temps. Avec "À ne plus sa - voir quoi en faire", c'est beaucoup moins heureux et l'accent à la fin de la mesure obligerait la voix à s'attarder sur "sa" (de savoir), ce qui n'a aucune raison d'être et serait assez laid.


    AJout: Désolé, je n'avais pas remarqué que ce fil datait de 2010.
     

    Micheljacques

    New Member
    French
    Après tout, peu importe que le fil date de 2010. Je trouve les arguments d'Agnelo très intéressants, surtout le dernier, à vrai dire.
    Merci.
     

    Mauricet

    Senior Member
    French - France
    Peu importe en effet ! Je remarque que dans la chanson les accents sont assez marqués : à ne plus que savoir en faire, en passant très vite et légèrement sur que qui me semble une variante euphonique de quoi, auquel cas on a là une forme "presque" correcte (via "à ne plus quoi savoir en faire" qui l'est incontestablement -- quoique archaïque --, comme bien vu par agnelo).

    En revanche, je ne comprends pas bien l'argument sur le partage de l'octosyllabe, vu le phrasé du chanteur (deux croches - triolet - deux croches - noire) qui permet de placer les accents toniques au début de chaque temps ...
     
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