ces résidus humains n’adhéraient-ils pas à elle comme à tous

< Previous | Next >

simenon

Senior Member
italien
Bonsoir,
me voilà avec un autre doute sur un passage du roman Soifs.
Les personnages dont il est question ici sont une femme, Renata, et un jeune homme antillais qui, quelque temps auparavant, l'a violée. Elle est hantée par le souvenir de cet homme et plusieurs fois elle a eu l'impression de l'apercevoir dans l'ombre, mais il s'agit sans doute d'une impression fausse. Là, elle est en train de rentrer après un fête:
«et elle le vit qui était toujours là, elle eût dû s’écarter de la masse crasseuse sur un trottoir, était-ce l’Antillais déchu, intoxiqué, ouvrant vers elle des paupières aveugles, ou tant d’autres qui eussent pu lui ressembler, itinérant assommé par la voiture d’un homme ivre dans la clarté crue des premières heures du Nouvel An, errant des prisons de la Californie, du Nevada et du Michigan, délaissé sur un trottoir, une autoroute, cueilleur d’oranges sans parents ni amis, comment serait-il demain incinéré, enterré, ou était-ce lui, sous la matière noirâtre qui recouvrait son visage, était-ce ce corps avili sous la suie de ses loques, cet homme entouré de paquets et de ficelles, encombrant les rues, les trottoirs dont elle eût dû s’écarter, elle ne savait quelle pitié viscérale l’eût inclinée vers lui, car ces résidus humains n’adhéraient-ils pas à elle comme à tous, là où elle retournerait, elle serait aimée, estimée, quand il ne serait que davantage diminué, méprisable tache noire contre la blancheur d’un mur, sous un soleil radieux, ou assis, le torse raidi par le froid, ce froid qui ne surgirait que pour lui dans l’humidité de ses hardes, mais ce n’était qu’une inquiète pulsion, elle contournerait de ses pas rapides la masse sur le trottoir, le reflet glauque du regard sous les paupières de l’homme qui la poursuivait encore jusqu’à son antre de végétation, vers la maison louée, masse douteuse qui l’opprimerait toujours de ce regard de mendicité, ce lien de la honte, qu’elle ne le vît plus…»
Je sais que tout le texte est compliqué, mais en particulier je ne comprends pas la phrase en gras, ce à qui fait allusion l'expression "résidus humains" et le sens ici du verbe "adhérer", et donc le sens de toute la phrase m'échappe. Comment l'interprétez-vous?
Merci
 
  • Piotr Ivanovitch

    Senior Member
    Français
    Bonjour Simenon.

    « ces résidus humains » désigne pour moi l'ensemble des éléments constitutifs de cet homme : « masse crasseuse [...] paupières aveugles [...] cueilleur d’oranges sans parents ni amis [...] matière noirâtre [...] corps avili sous la suie de ses loques [...] entouré de paquets et de ficelles... ». Cet homme est un débris, un rebut de l'humanité.
    « adhéraient » prend le sens figuré de « collaient à sa pensée / l'obsédaient ».
    Quant à « comme à tous », je pense que ça signifie que cet homme faisait cette impression à toute personne qui le regardait.
     
    < Previous | Next >
    Top