Elle est tout(e) ouïe - accord

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kloss

Member
France
Bonjour à tous,

Laquelle de ces phrases est correcte ?

Marcel dit : "je suis tout ouïe".
Marcel dit : "je suis toute ouïe".
Jacqueline dit : "je suis tout ouïe".
Jacqueline dit : "je suis toute ouïe".

Merci de vos éclaircissements !
Kloss
 
  • zaby

    Senior Member
    Bonjour Kloss,

    Marcel dit : "je suis tout ouïe".
    Jacqueline dit : "je suis tout ouïe".
    et Marcel et Jacqueline s'exclament en choeur "Nous sommes tout ouïe" :)

    tout ouïe: la locution adverbiale être tout ouïe signifie «offrir une écoute très attentive», «être tout oreilles». Le nom féminin ouïe désigne l'organe de l'audition. Il est précédé de l'adverbe tout, «complètement», invariable
    source
     
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    Stefan Ivanovich

    Senior Member
    French
    Oui, dans ce cas ci tout est adverbe, et invariable.

    A propos de la note de lire.fr, il faut apporter une précision: l'adverbe tout varie parfois (il me semble que c'est le seul adverbe dans ce cas?). Jacqueline est toute bronzée. La règle, explicitée ici, est :
    Si tout précède un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré, tout prend les mêmes marques de genre et de nombre que cet adjectif.
     
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    CABEZOTA

    Senior Member
    french
    Oui, c'est le seul adverbe qui présente des cas de variabilité en genre et en nombre (devant consonne).

    Il est tout étonné.
    Elle est tout étonnée.
    Ils sont tout étonnés.
    Elles sont tout étonnées.

    Il est tout mouillé.
    Elle est toute mouillée.
    Elles sont toutes mouillées.
    MAIS Ils sont tout mouillés. > La variation en nombre n'est marquée que s'il y a déjà variation en genre (au féminin, donc).
     

    CapnPrep

    Senior Member
    AmE
    Le TLFi est moins sévère :
    5. Littér., gén. inv. [Pour renforcer un subst. épith. ou attribut]
    […]
    Rem. Dans cette accept., tout peut s'accorder avec le suj.; il est alors considéré comme un adj. qui le qualifie: Je suis sûr que vous êtes florissante, toute robes et fleurs.
    L'accord semble très difficile pour "tout ouïe", quand même (et pour les autres locutions du même type).
     
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    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    Le TLFi est cohérent puisque s.v. tout, il dit «généralement invariable» ainsi que «tout peut s'accorder avec le sujet» (cf. le post de CP) et s.v. ouïe, il dit «Être tout(e) ouïe» (c'est moi qui souligne). Donc dans toutes ces entrées, le TLFi dit que l'accord est possible…
     

    Nanon

    Senior Member
    français (France)
    Merci, Maître, d'avoir corrigé le lien.

    Disons que ce n'est pas le TLFi qui est inconséquent, bien au contraire.

    C'est toutefois avec l'interprétation selon laquelle l'accord est "très difficile" (faut-il entendre par là qu'il n'est pas recommandé ?) que je suis moins d'accord.
     

    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    Je suis d'accord avec CP que l'accord ne se justifie pas vraiment dans ce cas. En outre, quoique Grevisse ne mentionne nulle part tout(e) ouïe nommément, il dit ceci (Le Bon Usage, §994, b, 3º, c'est moi qui graisse):
    Tout exprimant plénitude et renforçant un nom servant d’épithète ou d’attribut s’emploie comme adverbe et reste invariable dans les expressions consacrées :
    Elles étaient tout yeux et tout oreilles (Ac. 1935). — Elles sont tout feu, tout flamme. […]

    Ces cas exceptés, l’usage hésite sur la valeur syntaxique de tout renforçant placé devant un nom.
    • Tantôt il est traité en adv. et laissé invar. même devant un nom commençant par une consonne : La vie n’est pas tout roses (France, Jocaste, p. 23). — Ces petits êtres tout spontanéité (Bourget, Laurence Albani, p. 290). […] Moi [Marie Ladouet] qui suis tout antennes, tout nerfs, tout prémonitions (Green, Minuit, p. 127).
    • Tantôt il est traité soit en déterminant accordé avec le nom qui suit, soit en épithète détachée accordée avec le sujet : voir les ex. au § 639, a, 1°:
      • La solitude est tout mouvement et toute harmonie (Chat., Mém., I, viii, 3). — Cet homme […] était toute sagesse (Montherl., Célibataires, p. 42). — Mon père était toute intelligence, toute clarté (Henriot, Livre de mon père, p. 110).
      • Jeanne maintenant est toute calme, toute foi [ici calme est un nom] (Delteil, Jeanne d’Arc, cit. Damourette-Pichon, § 2860). — La nature l’y forcera, qui est toute alternances, qui est toute contractions et détentes (Montherl., Aux fontaines du désir, Pl., p. 240).
     

    Nanon

    Senior Member
    français (France)
    Soit, mais on peut aussi tirer de cette citation de Grevisse la conclusion inverse : l'accord est possible, puisque la locution "tout(e) ouïe" n'est pas citée nommément comme figée... Faute de mieux, je serais tentée d'en rester à "l'usage hésite". Je ne crois pas faire systématiquement l'accord moi-même, mais je ne me sens pas non plus fondée à considérer cet accord comme fautif.

    Bizarrement, la BDL mentionne "ouïe" parmi les noms féminins indûment employés au masculin : est-ce sous l'influence de "tout ouïe" ?
     

    Bezoard

    Senior Member
    French - France
    Cette qualification de familier me surprend un peu. La construction en elle-même appartient au langage soutenu, à la langue recherchée, au point d’ailleurs qu’on ne sait pas toujours comment l’écrire comme en témoigne ce fil.

    Mais je pense que c’est effectivement le sens figuré qui apparaît comme un peu familier par rapport au sens propre, lequel était souvent associé à un contexte religieux.

    Bossuet, parlant de Dieu : "Pourquoi ne songez-vous pas qu'il est tout vue, tout ouïe, tout intelligence ?"

    Une traduction des épitres de saint Paul : "Si tout le corps étoit l'oeil , où seroit l'ouïe ? et s'il étoit tout ouïe , où seroit l'odorat ?"

    Bernardin de Saint-Pierre : "Dans nos souhaits innocents, nous désirons être tout vue, pour jouir des riches couleurs de l'aurore ; tout odorat, pour sentir les parfums de nos plantes ; tout ouïe, pour entendre le chant de nos oiseaux ; tout cœur, pour reconnaître ces merveilles."

    Ce n’est que plus tard, en 1861, que je trouve chez Robert-Houdin :

    --J'suis tout ouïe, mon p'pa, que j'dis.

    -- Comment, tout ouïe?

    — Oui, tout ouïe, tout oreille ; je vous écoute, enfin.



    C’est là l’usage dit familier. L’Académie n’enregistre cet usage que dans l’édition en cours (la 9e) en disant à l’entrée ouïe :

    Expr. fam. Être tout ouïe, être disposé à écouter quelqu’un attentivement.

    Elle avait cependant déjà dit, sans remarque spéciale, à l’entrée « écouter » : "Écouter de toutes ses oreilles, écouter avec une attention très soutenue, être tout oreilles, tout ouïe."

    Le TLFi dit de son côté à propos de cette dernière expression : "Écouter de toutes/des deux oreilles. Être très attentif à ce qu'on entend. Synon. vieilli ou plaisant être tout ouïe."

    Comme MC, je ne crois pas qu'aujourd'hui l'expression soit vraiment considérée comme familière. Un peu désuète et amusée, peut-être.
     

    nicduf

    Senior Member
    français
    On ne l'entend en effet plus guère aujourd'hui si ce n'est prononcée par des personnes sinon âgées du moins qualifiées de nos jours de "seniors". Quand j'emploie cette expression je l'accompagne souvent d'un sourire malicieux (et non malveillant) pour me moquer de mon interlocuteur qui réclame toute mon attention. Elle a en effet un côté plaisant.
     
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