le verbe ‘procrastiner’ revisité

Discussion dans 'Français Seulement' démarrée par Spectre scolaire, 12 juin 2007.

  1. Spectre scolaire Senior Member

    Moving around, p.t. Turkey
    Maltese and Russian
    J’étais sur le point de dire un mot au sujet de hodie mihi, cras tibi lorsque ce fil a été relegué au forum latin où, en plus, un cadenas m’a fait procrastiner mon intention d’y contribuer.

    C’est assez curieux que ce mot ne s’emploie presque pas en français tandis qu’en anglais il est d’un usage assez commun.

    Comme dit Carine0502 dans le fil remettre à plus tard (Forum French-English):

    Dans le même fil, CARNESECCHI nous informe que --

    -- et qu’il s’agirait d’un anglicisme.

    Est-ce qu’il a raison de dire que ce mot est de retour en français – par l’intermédiaire de l’anglais?

    D’ailleurs, CARNESECCHI n’a pas trouvé le mot dans le Trésor de la langue française. Et pourtant, il est bien là!
    :p
     
  2. Punky Zoé

    Punky Zoé Senior Member

    Pau
    France - français
    Peut-être le verbe procrastiner qui était un mot savant à racine latine, très peu connu et utilisé en français (à part d'une partie de ceux qui ont fait du latin, et encore ...) reviendra-t-il par "calque" de l'anglais?

    Mais encore aujourd'hui, l'utiliser est considéré comme du pédantisme (ou de l'humour de connivence), sauf peut-être dans le domaine de la psychologie ou on parle de "tendance à la procrastination"

    Vous noterez qu'en répondant à ce post, je montre que je n'ai pas tendance à la procrastination :D.
     
  3. gvergara

    gvergara Senior Member

    Santiago, Chile
    Español
    Au fait, le verbe procrastiner n'apparaît pas non plus dans le Petit Robert. Juste le nom procrastination.

    Gonzalo
     
  4. Punky Zoé

    Punky Zoé Senior Member

    Pau
    France - français
    Si, si, il y est dans le TLFI, juste un peu caché derrière la procrastination. ;)
     
  5. Spectre scolaire Senior Member

    Moving around, p.t. Turkey
    Maltese and Russian
    C’est CARNESECCHI qui ne l’aurait pas trouvé. J’ai explicitement dit “Et pourtant, il est bien là!”

    Pour finir, je me permets de citer, de mon mieux, le passage indiqué par Punky Zoé auquel j’ai fait allusion moi-même:

    Sinonie-Gabrielle Colette: En pays connu (1950).
    ;)
    PS: Si ce n’est pas la forêt rambolitaine” dont elle parle.
     
  6. Anne345 Senior Member

    France
    Puisque vous êtes dans les citaitons :
    "Cette habitude, vieille de tant d'années, de l'ajournement perpétuel, de ce que M. de Charlus flétrissait sous le nom de procrastination." (PROUST, La prisonnière, 1922)
    "Les atermoyeurs, procrastinateurs et lambins de mon acabit sont justement de ceux qui ne finissent rien et même ne commencent pas davantage." (AMIEL, Journal, 1866)

    Je crois que ce sont mes psy qui ont (re)mis le mot à la mode. Il y avait pourtant assez de synonymes. Et il est avéré en France en 1520, et seulement en 1588 en Angleterre. Qui a copié...
     
  7. Spectre scolaire Senior Member

    Moving around, p.t. Turkey
    Maltese and Russian
    Tiens! Lorsqu’on y pense, le mot a donc été introduit en français avant La Pléiade. Peut-être s’agit-il d’un des milliers d’italianismes venus à l’epoque? Née en 1519, Cathérine de Médici n’était qu’un symptôme de l’ivresse franco-italienne.

    Par la suite, le mot a dû être emprunté au français par les Anglais en pleine époque d’Elizabethan English pour en finir en français, de nos jours --

    Ce qui ferait, en fin de compte, de procrastiner un Rückwanderer (un mot “rapatrié”), c.-à-d. un mot ayant parcouru le trajet d’une langue à une autre, et de retour à la première. En fait, il s’agirait d’un trajet x > y > z > y [x = italien, y = français, z = anglais].

    :cool: Pour ce que d’une si grande chose [devine quoi!] il vaut trop mieux se taire du tout que d’en dire peu. (Du Bellay, 1549) :)
     
  8. Anne345 Senior Member

    France
    Il ne vient pas de l'italien mais du latin (procrastinare, procrastinatio) . L'étymologie anglaise donne la même source. L'idée de copie n'est qu'un mauvaise idée de ma part...
     
  9. Punky Zoé

    Punky Zoé Senior Member

    Pau
    France - français
    Oui, ça vient directement du latin : pro + cras (demain).
     
  10. tie-break Senior Member

    Va savoir...ce mot existe bien en italien, c'est : "PROCRASTINARE" et comme vous voyez la ressemblance au français est remarquable, quant à l'emploi ce n'est pas un verbe de tous les jours bien-sûr, mais il arrive de l'entendre de temps en temps.
     
  11. Punky Zoé

    Punky Zoé Senior Member

    Pau
    France - français
    Mais en passant par l'Italien alors, peut-être? :D (c'est quasi-direct, dans ce cas)
     
  12. Spectre scolaire Senior Member

    Moving around, p.t. Turkey
    Maltese and Russian
    Et comment le savez-vous?


    Le mot italien est le mot latin resté en Italie. Le mot français est soit un emprunt à l’italien de l’époque, voir T.E. Hope a), soit un emprunt directement au latin – dans l’esprit de La Pléiade (qui, pourtant, n’avait pas encore vu le jour en 1520).
    Désormais nous savons tous ce que cras veut dire en latin, mais ce n’est pas là notre problème.

    L’idée d’une copie emprunt n’est peut-être pas si mauvaise! Or, tie-break appuie l’idée – et Punky Zoé ne la refuserait pas - mais il faudrait consulter un dictionnaire italien d’une certaine envergure.b)

    a) Lexical borrowing in the Romance languages. A critical study of italianisms in French and gallicisms in Italian from 1100 to 1900 (2 vol.), New York 1971.
    b) En l’occurence, Niccolò Tommaseo: Dizionario della lingua italiana (20 vol.), 1861-1879 et une réimpression d’il y a 30 ans.

    Pour l’instant je n’ai pas accès à ces livres.
    :eek: :)
     
  13. Anne345 Senior Member

    France
    Le Robert, dictionnaire historique de la langue française utilise "est emprunté au latin". Je lui fait confiance.
     
  14. Nicomon

    Nicomon Senior Member

    Montréal
    Français, Québec ♀
    C'est juste. Il n'est pas dans le Petit Robert (édition "papier" 2007)

    Par contre, il est dans le GDT
    Antidote le définit ainsi :
    Je suis quand même étonnée d'apprendre que le mot est si peu fréquent dans l'Hexagone. Je l'emploie moi-même assez souvent et je n'ai pas même fait de latin.

    Tiens, pas plus tard qu'hier, j'écrivais à une copine...
    Mon annonce? Toujours pas finie... je procrastine. (manque d'intérêt;texte très ennuyeux à traduire)

    Influence de l'anglais? Fort possible. Mais disons que je préfère « humour de connivence » à pédantisme. :D
     

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