lest de la pensée

ltenfr_liepa

New Member
Lithuanian - Lithuania
Bonjour à tous !
Je n'arrive pas à comprendre ce que signifie lest de la pensée. Je sais ce que c'est que lest, mais je suppose qu'ici, c'est une métaphore.
La phrase apparaît dans un article de Fabrice Hadjadj sur Mozart. Voici le paragraphe par lequel l'article commence :

J’ai fini par y venir. Ou plutôt c’est venu à moi, sans crier gare, encore qu’il y fallut sans doute – en sous-main – le long labeur de l’expérience : mon mariage, la paternité, l’approche de la quarantaine, tout ce lest de la pensée par la chair qui se marque et l’enfance qui revient, et plus spécialement la naissance de ma troisième fille, Marthe, dont le prénom cogne comme une contraction du nom célèbre (M [oz] art), et qui avec son rire, son énergie, sa joie bondissante, contribua encore à me retourner le cœur (au point que ma quatrième fille, Elisabeth, a pu naître sur le Quatuor en ré mineur que Wolfgang composa lors des couches de Constanze et que nous pouvions diffuser dans la salle d’accouchement grâce à ce qu’on appelle – justement – des enceintes). Bref, je me lève un jour, et me voilà mozartien !

Est-ce que cela signifie que la chair qui se marque et l’enfance qui revient sont qqch de grave ou que le narrateur ne peut pas retrouver son calme et ne finit pas d'en penser, ou que cela le stabilise en quelque sort ?.. Comment vous interpréter cette phrase ? Tout le morceau marqué me semble pas clair...
Merci !
 
  • Michelvar

    Quasimodo
    French / France
    Bonjour, et bienvenue sur le forum.

    C'est difficile à dire, pour deux raisons :
    1. Je n'ai pas eu le courage de lire la totalité du texte. De ce fait je ne sais pas si, au final, il est soulagé d'être enfin devenu mozartien, ou s'il en est honteux.
    2. Et justement, ce "lest de la pensée" peut avoir les deux sens :
      • soit l'idée de remettre la pensée en place et d'enfin aimer Mozart
      • soit l'idée d'alourdir la pensée au point de ne plus voir ce que Mozart a de mauvais.

    "l'enfance qui revient", toutefois, donne un tour positif : Après ses années de jeune adulte, au cours desquelles il a dû faire semblant d'être un adulte, jouer les adultes, et donc préférer Bartók à Mozart, le voici enfin, avec la sagesse de la quarantaine, libre de laisser s'exprimer l'enfant qui est en lui. A titre personnel, j'y vois une image positive. Je peux donc penser que la phrase complète est positive, et que le "lest de la pensée" est, comme vous le proposez, une stabilisation qui lui permet d'apprécier enfin ce qu'il méprisait auparavant.

    C'est juste mon avis.
     

    ltenfr_liepa

    New Member
    Lithuanian - Lithuania
    Merci d'avoir répondu si vite - ça éclaircit des choses.
    En ce qui concerne la position de l'auteur, finalement, il a le regard positif envers Mozart et défend son opinion nouvelle contre "l'ancien soi" qui était sceptique. Dès que c'est le premier paragraphe, je ne suis pas sûre s'il parle de la part de "l'ancien soi" ou du "nouveau soi", s'il ironise ou non, etc...
     

    plantin

    Senior Member
    français
    le long labeur de l’expérience : mon mariage, la paternité, l’approche de la quarantaine, tout ce lest de la pensée par la chair qui se marque
    Il a vieilli, et en même temps que sa chair s'est marquée (les rides par exemple), son esprit a mûri, s'est enrichi de l'expérience acquise dont il cite quelques exemples; je pense que c'est là le sens de lest, qui n'est pas péjoratif: certes, le lest est un poids, mais ici c'est le poids d'un "bagage" au sens intellectuel du terme, sa pensée a pris de la consistance, de la densité, en même temps que son corps perdait sa jeunesse.
    C'est pourquoi Mozart s'est imposé à lui alors qu'il le rejetait, il l'explique dans la suite du texte: en mûrissant, il a dépassé tous ces lieux communs (le divin Mozart, le génie de Mozart enfant, la légende de sa mort solitaire) qui l'aveuglaient et lui dissimulaient la qualité, la grâce de la seule chose qui compte finalement: sa musique.
     
    < Previous | Next >
    Top