maline / maligne

Discussion dans 'Français Seulement' démarrée par Benoît abroad, 5 août 2007.

  1. Benoît abroad

    Benoît abroad Senior Member

    East of Belgium
    Français, France
    J'ai pu voir dans une publicité belge un annonceur qui qualifiait une voiture de "maline".

    Pour moi, le féminin de malin est "maligne".

    Qu'en pensez-vous?
     
  2. Tajabone Senior Member

    Paris
    French, Berber (Kabyle), Arabic (classical and dialectal)
    En effet, c'est "maligne" qui est correct.

    Vieux souvenir scolaire: La Maline de Rimbaud, volontairement mal orthographié.

    Quant aux publicitaires, peu de choses les arrêtent (souvenez-vous du Avec Carref... je positive)
     
  3. Punky Zoé

    Punky Zoé Senior Member

    Pau
    France - français
    Bonjour

    Pas si simple selon le Trésor: (à l'entrée "malin")

    "2. Qui fait preuve d'ingéniosité, de ruse, de roublardise. Jouer au plus malin; ne pas être (très) malin; se croire (bien) malin. Ils sont plus malins que vous, mais je suis aussi maligne qu'eux (Dumas fils, Ami femmes, 1864, iv, 2, p. 155). Quand, comment, se formera la situation révolutionnaire?... Bien malin qui peut le prévoir! (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 65) :
    2. Devenu philosophe à la longue, le drôle choisissait ses types et n'eût eu garde de perdre son temps à se frotter aux Parigots, lesquels, nés malins, ainsi que chacun sait, avaient vite éventé la mèche et deviné le dessous des cartes.
    Courteline, Train 8 h 47, 1888, 1re part., 2, p. 25.

    Malin comme un singe. Vous l'avez rendue folle exprès, par vice; vous êtes malin comme un singe. Elle finira par se détruire, vous l'aurez assassinée... On en guillotine qui sont moins coupables que vous (Bernanos, Joie, 1929, p. 622).
    Emploi subst., rare au fém. Petit, vieux malin; faire le/son malin. Décidément, les malignes refusent le combat et me narguent (Renard, Lanterne sourde, 1893, p. 78). Tout de même, c'était sa nièce, cette fille qui faisait tant sa maligne (Queneau, Enf. du limon, 1938, p. 202) :
    3. Dès lors, le père Antoine ne sortit plus sans son Prussien. Il avait trouvé là son affaire, c'était sa vengeance à lui, sa vengeance de gros malin.
    Maupass., Contes et nouv., t. 2, Saint-Antoine, 1883, p. 196.

    Expr. proverbiale. À malin, malin et demi*.
    Rem. Dans ce sens, la forme fém. maline tend à se substituer à celle de maligne."
     
  4. Nicomon

    Nicomon Senior Member

    Montréal
    Français, Québec ♀
    J'abonde dans le sens du TLFI

    Malin, dans le sens de « qui exprime de la malignité » = maligne
    Malin, dans le sens de rusé/futé = maline
     
  5. Tajabone Senior Member

    Paris
    French, Berber (Kabyle), Arabic (classical and dialectal)
    Le lexème "maline" ou sa variante au pluriel sont tout simplement introuvables sur un corpus de 22 oeuvres allant de Marivaux à Proust.

    J'imagine que pour les boites de com, "maligne", ça fait trop ... cancer (ils travaillent beaucoup sur le simplisme des associations lexicales, ces gens-là). Et comme au niveau oral, le "gn" s'atténue par économie de langage, le prétexte est alors tout trouvé !
     
  6. Aurelien G. New Member

    France
    Dans les grandes lignes, les langues évoluent à la manière des espèces biologiques, selon les loi Darwiniennes: reproduction, variation, sélection. Il y a régulièrement des mutations plus ou moins aléatoires, dont les effets peuvent être positifs ou négatifs (et très souvent neutres), et la sélection naturelle élimine les plus mauvaises. Dans le monde biologique, une mutation négative est une mutation qui nuit aux chances de reproduction de l'individu. Dans le monde linguistique, une mutation négative est une mutation qui nuit à la communication, et plus généralement qui déplait à nos cerveaux humains (mot trop long, difficile à prononcer, ambiguité...). Si cela déplait aux humains de dire "maligne" pour signifier "futée", peut-être en effet du fait de l'association d'idées avec "tumeur maligne", je ne vois absolument pas ce qui pourrait justifier ici un fixisme linguistique. Après tout, pourquoi pas "maline" ? C'est plus simple, ce n'est pas moins joli, c'est plus clair (car il n'y a plus d'ambiguité). Pourquoi conserver la même prononciation et la même orthographe pour deux mots de sens radicalement différents ? Je n'aime pas les "mutations" linguistiques qui tendent à obscurcir le langage (par exemple "définitivement", dans le sens "assurément", qui introduit inutilement une ambiguité avec le sens antérieur "pour toujours"), mais je trouve que la "mutation" dont on parle ici, de maligne à maline, est plutôt positive. Je ne suis pas étonné que la "sélection naturelle" opérée par l'environnement cérébral humain l'ait sélectionnée positivement.
     

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