ne rien réussir à + infinitif

Laurent2018

Senior Member
french belgium
constantlyconfused said:
Aux affaires en 2013, [le syndicat] n’a rien réussi à enrayer pour les générations futures, au contraire.
Constantly: "n'a rien réussi à enrayer" ce n'est pas français.
Par contre: n'a en rien réussi...OK.

Note des modérateurs : Ce commentaire ayant généré une discussion hors sujet dans un autre fil, mais la discussion étant néanmoins intéressante, elle a été déplacée ici dans un nouveau fil.
 
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  • Itisi

    Senior Member
    English UK/French
    Laurent, 'rien' est l'objet de 'enrayer'. Si on a 'en rien', il n'y a plus de sujet. Or 'enrayer' est transitif, donc, 'en rien' ne va pas...Je ne vois pas où est le problème avec 'rien réussi à enrayer'...
     
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    Laurent2018

    Senior Member
    french belgium
    "rien" est le COD de enrayer: or on enraye quelque chose, pas "rien" .
    Il suffirait d'écrire: "n'a pas réussi à enrayer quoi que ce soit..."
    Si on veut conserver "rien" alors "en rien" est correct.

    Edit: ce n'est pas la bonne explication, puisqu'on dit bien "n'a rien empêché"

    Le problème vient de "n'a rien réussi" qui est correct si on s'arrête là.
    Mais "rien réussi à..." n'est pas correct.
    A la limite, on pourrait dire "n'a rien réussi en essayant d'enrayer...
     
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    jekoh

    Senior Member
    Fr - Fr
    La tournure rien réussi à + infinitif n'est peut-être pas des plus élégantes, mais n'est pas incorrecte pour autant.
     

    Laurent2018

    Senior Member
    french belgium
    Donc vous diriez: je n'ai rien réussi à faire aujourd'hui?
    Navré, mais ce n'est pas français!
    A mon avis, réussir à-ne pas réussir à, est une expression qui doit s'utiliser telle quelle, avec un COD qui suit, mais pas qui précède.
    D'où: je n'ai rien réussi aujourd'hui --est correct.
    Je cherche à définir mon malaise face à cette tournure que je critique, mais ce n'est pas facile.
     

    JClaudeK

    Senior Member
    Français France, Deutsch (SW-Dtl.)
    Donc vous diriez: je n'ai rien réussi à faire aujourd'hui?
    Navré, mais ce n'est pas français!
    Non, je ne le dirais pas. Je partage l'avis de Laurent.
    "n'a rien réussi à enrayer" ce n'est pas français.
    + 1

    cf.:
    b) Qqn réussit à + inf. Parvenir à faire (quelque chose de positif). Réussir à vendre qqc.
    La négation de cette tournure doit être "Qqn ne réussit pas à"
    Il suffirait d'écrire: "n'a pas réussi à enrayer quoi que ce soit..."
    :thumbsup:
     
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    ancenis

    Senior Member
    français/France
    je rejoins Laurent2018 et JClaudeK à propos de l'incorrection de cette phrase.
    Le problème vient de ce pronom "rien" qui constitue à la fois (avec "ne") une négation de "réussir" dont il est le COD, tout en étant aussi aussi le COD de "enrayer" sans négation. C'est trop demander à ce petit rien. Il faut choisir.
    La preuve en est que, en l'état, le passage à l'affirmatif pour dire l'inverse est impossible:
    Le syndicat a réussi quelque chose à enrayer
    alors que: Le syndicat a réussi à enrayer quelque chose.
    est valide.
    Comme le sens exige selon moi que "rien" ne soit COD que de "enrayer", et qu'on ne peut dans ce cas le conserver qu'au prix d'une formulation alambiquée comme par exemple:
    Le syndicat n'a pas réussi à n'enrayer rien pour les générations futures.
    Il aurait mieux valu s'en passer et adopter la solution proposée par Laurent2018: Le syndicat n'a pas réussi à enrayer quoi que ce soit.
     

    Chimel

    Senior Member
    Français
    je rejoins Laurent2018 et JClaudeK à propos de l'incorrection de cette phrase.
    Le problème vient de ce pronom "rien" qui constitue à la fois (avec "ne") une négation de "réussir" dont il est le COD, tout en étant aussi aussi le COD de "enrayer" sans négation. C'est trop demander à ce petit rien. Il faut choisir.
    Et donc, Laurent, JClaudeK et Ancenis, vous ne diriez pas non plus "Je n'ai rien pu/voulu faire"?:confused:

    La seule différence selon moi est que pouvoir et vouloir ne se construisent pas avec la préposition à, contrairement à réussir. Sinon, on pourrait tenir le même raisonnement ("rien" constitue à la fois une négation de "pouvoir" dont il est le COD, tout en étant aussi le COD de "faire"...).

    Je ne vois vraiment pas ce que vous reprochez à une tournure telle que "Je n'ai rien réussi à faire".
     

    ancenis

    Senior Member
    français/France
    Et donc, Laurent, JClaudeK et Ancenis, vous ne diriez pas non plus "Je n'ai rien pu/voulu faire"?:confused:
    La seule différence selon moi est que pouvoir et vouloir ne se construisent pas avec la préposition à, contrairement à réussir.
    Mais c'est une différence de taille qui change tout dans la nature, la syntaxe, et le comportement du groupe verbal. La comparaison ne me semble pas recevable.

    Pouvoir et vouloir (on pourrait y ajouter devoir, et d'autres encore) sont des verbes modaux, qui se comportent comme des semi-auxiliaires, formant une unité syntaxique avec l'infinitif qui les suit (verbe modal qui indique la modalité de l'action + verbe recteur qui indique l'action réelle), donc un noyau verbal à part entière, alors que "réussir à" est une construction intransitive appelant un complément indirect, ici un infinitif. Et dans ce cas, oui:
    Je n'ai rien pu faire est effectivement correct: la place de rien est logique, entre l'auxiliaire et le participe, puisque c'est un temps composé ( comme: Je n'ai rien vu, Je n'ai rien compris,...); cependant, rien n'est pas le COD du verbe modal pouvoir, mais celui de faire, parce que pouvoir n'indique que la modalité de l'action, pas l'action elle-même, comme dit plus haut.
    C'est plus facile à distinguer avec un verbe d'action plus expressif que faire:
    Je n'ai rien pu manger: rien constitue évidemment l'objet de manger, et non de pouvoir. Mais il peut difficilement se placer avant son verbe, puisqu'il briserait le noyau verbal: Je n'ai pu rien manger. Pas impossible cependant, mais moins naturel assurément. Tout se passe comme si le participe réel était pu manger.
    Pour montrer de quoi rien dépend vraiment, faisons le test du passage au présent:
    Je ne peux rien faire/je ne peux rien manger: là aussi, place logique de "rien, dans la dépendance de l'infinitif dont il est COD, donc avant. Rien pourrait-il être le COD de pouvoir, puisqu'il est tout aussi logiquement placé après lui à un temps simple ? Non, cela serait vrai dans la phrase Je ne peux rien, mais pouvoir employé seul est dans ce cas un verbe à part entière, non modal.
     

    k@t

    Senior Member
    Français de France
    […]

    A l'instar d'autres intervenants de ce fil, je ne vois pas bien non plus pourquoi cette construction serait incorrecte.

    Il a réussi à enrayer le chômage, la pauvreté, la délinquance. (II est super fort, le gars !)
    Il n’a réussi à enrayer ni le chômage, ni la pauvreté, ni la délinquance.
    Bref, Il n’a rien réussi à enrayer.

    Voir par exemple ici. Et puis , des exemples en contexte.

    (Au fait rien n’est pas COD de réussir, mais seulement de enrayer.)
     
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    Laurent2018

    Senior Member
    french belgium
    J'imagine donc que "je ne suis rien parvenu à dire" ne vous choque pas?
    Et, puisque c'est le même principe de construction: "je ne l'ai rien empêché de réussir" vous paraît correct?
    Je pense que "réussir à", "empêcher de" ou "parvenir à" appellent un seul COD qui suit, et non un deuxième qui précède.

    Ceci étant, n'en faisons pas une thèse!
     

    Chimel

    Senior Member
    Français
    Plus simplement, la structure de base est "ne rien réussir à [faire]" (l'exemple avec enrayer est un cas spécifique qui peut fausser le jugement).

    Ma position est que "Aujourd'hui, je n'ai rien réussi à faire" est une phrase parfaitement correcte. Je ne vois pas la différence avec une phrase telle que "je n'ai rien pu faire".
     

    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    Je ne vois pas trop ce que le choix de l'infinitif viendrait changer quant à la correction de ce tour…

    Quoi qu'il en soit, je ne vois pas non plus pourquoi on ne pourrait pas dire ne rien réussir à, que ce soit avec enrayer ou un autre verbe.

    Le propre des compositeurs médiocres n'est pas de n'avoir rien réussi à exprimer (D. Raymond, Le Cas Mozart, 2013).
    Je n'avais rien réussi à arracher de plus à Stefan (P. Briggs, Les Liens du sang, 2010).
    Il n'a rien réussi à en tirer (J.-Chr. Macquet, Menaces sur l'Enduro, 2009).
    culpabilité aussi de ne rien réussir à faire avec ces biens (S. Lippi, Transgressions, 2008)
    Bref, il n'a rien réussi à démontrer (E. Balibar, Individualité, Causalité, Substance, 1990).
    Elle n'a rien réussi à faire (A. Challamel, Quinzaine coloniale, 1912).
    Je n'ai rien réussi à conclure de net (Annales du Bureau des longitudes, 1911).
    Les tragiques du dix-septième siècle n'ont rien réussi à mieux exprimer que l'amour (F. Godefroy, Hist. de la litt. française, 1877).
     

    k@t

    Senior Member
    Français de France
    je rejoins Laurent2018 et JClaudeK à propos de l'incorrection de cette phrase.
    Il est possible que ce soit vous qui ayez raison et nous tort, cela dit, je ne comprends pas l’argument grammatical des COD (cf. @ancenis et @Laurent2018 […]).
    Il y a deux verbes, chacun a son complément - qui peuvent d’ailleurs être des COI, c’est justement le cas pour empêcher qqn de et parvenir àrien est COI -, où est le problème ?
    (Pour réussir, l’infinitif peut aussi bien être interprété comme un COI que comme un COD, puisque les deux constructions – directe et indirecte - sont possibles avec ce verbe.)
    Après, il est possible que ce soit des constructions pas hyper usitées, ce qui pourrait les rendre à l’oreille de certaines personnes un peu étranges, voire agrammaticales.
    Bien que des Je n’ai rien réussi à faire de la journée, Je n’ai rien réussi à avaler ne me paraissent ni particulièrement rares, ni particulièrement étranges.
    Est-ce davantage étrange avec enrayer ? Bof, peut-être, parce que ce verbe serait moins employé que d’autres ?

    Et sinon, pour ceux qui rejettent cette construction, les formes affirmative et avec la négation simple vous paraissent-elles acceptables, ou bien vous les refusez également ?
     
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    ancenis

    Senior Member
    français/France
    Il y a deux verbes, chacun a son complément [...] où est le problème ?
    Deux verbes, d'accord (réussir et enrayer), mais chacun son complément ? Quel serait le complément de enrayer ? Rien ? Mais rien occupe dans la phrase la place de complément de a réussi, pas de enrayer, je cite le TFLi:

    Rem. Place du mot rien; empl. comme compl. d'obj., se place apr. le verbe aux temps simples (il ne dit rien), apr. l'auxil. aux temps comp. (il n'a rien dit), except. apr. le part. (je n'ai jamais vu rien de tel ds Hanse Nouv. 1983). Dans la dépendance d'un inf., il précède celui-ci: sans rien dire. Peut précéder ou suivre en ou y: ne rien y entendre; n'y rien entendre (le second est plus littér.).
    Tout le problème est là en fait. Je pense que tout le monde est d'accord pour considérer enrayer comme le complément (direct ou indirect, peu importe) de réussir; mais ce rien ? Il est dans une position de COD de réussir, entre l'auxiliaire et le participe, alors qu'il n'est pas, par évidence de sens, le COD de réussir, mais de enrayer: il devrait donc se trouver juste avant son infinitif. La phrase signifie bien: je n'ai rien enrayé, malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi, non ?
    Voilà pourquoi je trouve cette construction bancale, n'en déplaise à tous les augustes auteurs cités plus haut. La correction d'une tournure ne se juge pas toujours à sa grande fréquence. Ici, la fréquence vient du fait qu'il est impossible de placer le COD devant son infinitif, mais que malgré tout la phrase a les apparences d'une phrase correcte, voire idiomatique, et est même parfaitement compréhensible. Compréhensible mais bancale, démentant la syntaxe correcte. L'ordre des mots, dans toutes les langues, ça compte. Il faut donc ruser et trouver une autre solution, comme celle de Laurent2018 dans le fil d'origine.

    Donc par sa construction, rien est le COD de réussir; acceptons le fait qu'impose la syntaxe; mais alors quel est celui de enrayer ? Je n'ai pas réussi à enrayer quoi ? Ne pensez-vous pas que pour avoir un sens, enrayer exige un complément ? Et que signifierait ne réussir rien ici, suivi de enrayer tout court ?

    Envisageons alors qu'un même COD pourrait l'être de deux verbes différents en même temps ? Ici, ce serait donc ne rien réussir et ne rien enrayer ? Rien serait alors COD d'un verbe principal et d'un infinitif lui-même complément du verbe principal ? Ce n'est plus bancale que serait la phrase, mais carrément tordue. Je ne parviens pas à trouver d'exemple d'un même COD pour deux verbes différents, l'un étant complément de l'autre; il y a bien le cas d'une coordination ou juxtaposition (..., nous allions fêter, voir et complimenter l'armée française), mais c'est très différent ici.
     
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    k@t

    Senior Member
    Français de France
    Quel serait le complément de enrayer ?
    rien est le complément (direct ou indirect) de l’infinitif ; le bloc infinitif + son complément est le complément (direct ou indirect) du verbe conjugué.

    Je mets en clair ce que j’avais juste indiqué en lien dans le fil d’origine (rougi par moi).
    2. Objet d’un infinitif dépendant d’un autre verbe

    Le pronom rien COD d’un verbe à l’infinitif dépendant d’un autre verbe se place avant tous les autres pronoms qui dépendent de cet infinitif :

    Je n’ose rien leur dire.
    Elle ne veut rien manger.
    Il ne va plus rien en rester.
    Anne ne peut rien lui en dire.
    Il ne sait rien faire.

    Si le verbe dont dépend l’infinitif est à un temps composé, le pronom rien COD se place après l’auxiliaire du verbe dont dépend l’infinitif:

    On n’a rien pu faire.
    Je n’ai rien osé lui dire.
    Anne n’a rien pu dire.
    Il n’a rien voulu leur dire.
    Il n’a rien su faire.
    source
     
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    ancenis

    Senior Member
    français/France
    rien est le complément (direct ou indirect) de l’infinitif ; le bloc infinitif + son complément est le complément (direct ou indirect) du verbe conjugué.
    On est bien d'accord (ma question était rhétorique), rien est COD de enrayer, et donc je répète que la place de rien que lui assigne la syntaxe est avant cet infinitif, et pas entre l'auxiliaire et le participe de l'autre verbe.
    A cet égard, très amusant de constater que tous les exemples à l'appui de votre phrase rougie concernent (encore !) des verbes à valeur modale (vouloir dire, pouvoir faire, oser dire, pouvoir dire, savoir faire). Donc cette règle ne s'applique pas à notre phrase J'ai réussi à enrayerenrayer est un complément indirect et non un verbe recteur modalisé par réussir. Donc, voir la réponse qui suit, ou [le début de ce fil] où je m'en explique. En attendant, si on me le demandait, je réécrirais bien cette règle en:
    Si le verbe dont dépend l’infinitif est un verbe modal conjugué à un temps composé, le pronom rien COD se place après son auxiliaire.

    Pourquoi juste devant ? Le TLFi dit juste qu'il le précède.
    On peut bien intercaler un autre mot, ou même plusieurs : sans rien pouvoir lui dire.
    C'est un peu jouer sur les mots, non ? L'exemple du TFLi est clair.
    Quant à pouvoir dire, pouvoir est un semi-auxiliaire à valeur modale. Je me suis déjà expliqué sur sa combinaison avec rien dans l'autre fil, en réponse à Chimel qui avait fait la même remarque que vous. Décidément...
    Et pour le pronom, cela va de soi: en présence d'un pronom personnel COI, l'ordre commun en français pronom COD (ici rien) + pronom COI + verbe s'applique, comme le montre la première liste d'exemples de k@t juste ci-dessus, l'exemple du TFLi devient alors: sans rien lui dire.

    Bon, je pense avoir à peu près épuisé toutes mes munitions, je vais laisser la place sur le front maintenant à mes camarades de troupe pour la prochaine offensive contre cette phrase, ou au contraire pour tenir la tranchée. ;)
     
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    Laurent2018

    Senior Member
    french belgium
    En terme de construction, "il a réussi à ne rien enrayer" tient la route, mais malheureusement il s'y ajoute une connotation ironique.
    Dommage.
     

    k@t

    Senior Member
    Français de France
    La phrase signifie bien: je n'ai rien enrayé, malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi, non ?
    Oui, tout comme,
    Elle n’a rien osé dire signifie : Elle n’a rien dit, malgré tous ses efforts, elle n’a pas osé.
    Il n’a rien voulu leur dire : Il ne leur a rien dit, malgré tous leurs efforts, il n’a pas voulu.

    etc.

    Je ne pense pas que cette construction ne concerne que les verbes modaux ou à valeur modale / aspectuelle.
    Mais admettons que ce soit le cas, il se trouve que (ne pas) réussir à faire X - qui présuppose la tentative (avant de réussir ou pas à faire X, il faut avoir tenté de le faire) - introduit une modalité : on saisit le procès porté par l’infinitif à différents moments de sa progression, avec essayer dans son « pendant », avec réussir dans son « après » :

    Il a essayé d’enrayer X.
    Il a réussi / échoué à enrayer X.


    Réussir à faire X introduit également une modalité implicative.


    Quant au caractère unitaire de modal + verbe infinitif (« plein »), il est relatif, puisque dans plusieurs des exemples donnés par Kalmbach, tant l’objet de l’infinitif que l’infinitif sont pronominalisables, de la même façon que pour réussir à + verbe infinitif (« plein ») :

    Est-ce qu’il a réussi à enrayer la délinquance ?
    Oui il a réussi à l’enrayer.
    Oui, il y a réussi / il l’a réussi
    (possiblement mieux avec la forme indirecte, et possiblement plus naturel avec parvenir > Il y est parvenu).

    Est-ce que j’ai osé dire ma peine ?
    Oui, j’ai osé la dire.
    Oui, je l’ai osé.


    Est-ce qu’elle veut manger sa salade ?
    Oui, elle veut la manger.
    Oui, elle le veut.


    Est-ce qu’on peut / doit sauver la malade ?
    Oui, on peut / on doit la sauver.
    Oui, on le peut / on le doit.


    etc.

    Avec ce type de verbes (semi-auxiliaires, (semi-)modaux, transparents, etc.), ce n’est en effet pas toujours possible :

    Est-ce qu’on vient de sauver la malade ?
    Oui, on vient de la sauver.
    *Oui, on le vient.


    Est-ce qu’on va sauver la malade ?
    Oui, on va la sauver.
    *Oui, on le va.


    La malade semble avoir repris des forces.
    En effet, elle semble en avoir repris
    *En effet, elle le semble.

    Est-ce qu'il a su préparer le repas ?
    Oui, il a su le préparer.
    *Oui, il l'a su.


    Mais tous les exemples de Kalmbach n'étant pas concernés par cette impossibilité, il n'est pas possible de les opposer – au moins sur ce point – à la phrase objet de ce fil.

    En terme de construction, "il a réussi à ne rien enrayer" tient la route
    A priori, on ne dit pas la même chose :

    Il a essayé de ne rien enrayer,
    et il a réussi > Il a réussi à ne rien enrayer.
    et il a échoué > Il n’a pas réussi à ne rien enrayer.

    Il a essayé de tout enrayer,
    et il a réussi > Il a réussi à tout enrayer.
    et il a échoué – partiellement > Il n’a pas réussi à tout enrayer.
    et il a échoué – totalement > Il n’a rien réussi à enrayer.
     

    Laurent2018

    Senior Member
    french belgium
    K@t, je pense qu' Ancenis voulait simplement démontrer que "rien" est bien le COD d'enrayer...et non lancer une autre construction de phrase...
     

    k@t

    Senior Member
    Français de France
    K@t, je pense qu' Ancenis voulait simplement démontrer que "rien" est bien le COD d'enrayer..
    Hmm, ça je pense que ça ne fait de doute pour personne. :)
    En tout cas, pas pour moi :
    rien est le complément (direct ou indirect) de l’infinitif
    (Au fait rien n’est pas COD de réussir, mais seulement de enrayer.)
    Mais je venais justement de me connecter pour rajouter ceci :

    Est-ce que vous accepteriez mieux, davantage, tout à fait : Il n’a réussi à rien enrayer ?
    Ça doit pouvoir se dire, mais à mon avis c’est archaïsant.

    (À comparer avec par exemple : Il n’a rien osé dire / Il n’a osé rien dire.)
     
    Last edited by a moderator:

    Laurent2018

    Senior Member
    french belgium
    Oui, j'y avais pensé aussi, avec le même sentiment de "archaïquement" littéraire: en tous cas, cela me choque moins, probablement parce que "rien" est cette fois à sa place dans la phrase!
     

    k@t

    Senior Member
    Français de France
    probablement parce que "rien" est cette fois à sa place dans la phrase!
    :)
    En français contemporain, ce n'est pas sa place. ;)
    On verra si cette tournure convient également mieux à ancenis et JClaudeK.
     

    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    il se trouve que (ne pas) réussir à faire X […] introduit une modalité
    Je suis d'accord. Le sens de réussir à, parvenir à est d'ailleurs assez proche de pouvoir.

    On dit par exemple couramment : Est-ce que tu as pu le joindre ? pour dire : Est-ce que tu as réussi à le joindre ?

    D'ailleurs, à tous ceux qui rejettent la phrase d'origine, que diriez-vous de être capable de ? Accepteriez-vous la phrase suivante ?

    Je n'ai rien été capable de faire.

    Oui, j'y avais pensé aussi, avec le même sentiment de "archaïquement" littéraire: en tous cas, cela me choque moins
    Dois-je en conclure que couramment vous n'utilisez jamais rien avec réussir à suivi d'un infinitif ? Mais que dites-vous donc ? Employez-vous quoi que ce soit à la place ?
     

    JClaudeK

    Senior Member
    Français France, Deutsch (SW-Dtl.)
    Est-ce que vous accepteriez mieux, davantage, tout à fait : Il n’a réussi à rien enrayer ?
    Ça doit pouvoir se dire, mais à mon avis c’est archaïsant.
    Oui, pour moi ça passe mieux; je ne le ressens pas du tout comme archaïsant.
     
    Last edited:

    ancenis

    Senior Member
    français/France
    il se trouve que (ne pas) réussir à faire X […] introduit une modalité
    Je ne saisis pas en quoi réussir à faire peut avoir une valeur modale; si vous voulez modaliser l'action indiquée par faire, c'est-à-dire signifier un engagement du locuteur à propos de sa réalisation, vous devez passez par un verbe modal, approprié au degré ou à la nature de cet engagement; ce pourra être pouvoir faire, devoir faire, savoir faire, aller faire, faillir faire, risquer de faire, venir de faire, cesser de faire, commencer à faire, continuer à faire, être en train de faire, finir de faire, paraître faire, sembler faire, pour reprendre la liste canonique des modaux. Sinon, bien sûr, il est possible de moduler cette notion de réussite avec pouvoir, par exemple, avec lequel réussir à se combine d'ailleurs très bien sans produire de pléonasme:
    Est-ce que tu as pu réussir à le joindre ?
    Je suis d'accord. Le sens de réussir à, parvenir à est d'ailleurs assez proche de pouvoir.
    On dit par exemple couramment : Est-ce que tu as pu le joindre ? pour dire : Est-ce que tu as réussi à le joindre ?
    "Assez" proche, jusqu'à quel point ? Est-ce que tu as pu le joindre ? met en jeu une possibilité matérielle de réaliser l'action, alors que Est-ce que tu as réussi à le joindre ? met davantage en jeu une capacité du sujet à réaliser l'action, mais bon, passons. Que pouvoir et réussir à aient un sens proche ou pas n'a rien à voir avec la phrase qui fait l'objet de la discussion, où il n'est pas question de sémantique mais de syntaxe. Et sur le plan syntaxique, on ne peut pas faire comme si la préposition n'existait pas (voire début #12), alors que c'est en grande partie elle qui est à l'origine du problème de formulation, avec la difficile, voire impossible insertion de rien.


    Oui, pour moi ça passe mieux; je ne le ressens pas du tout comme archaïsant.
    Moi non plus.

    j'utilise une litote: je n'ai pas réussi à faire, à dire grand-chose.
    Oui; ultime solution, la moins satisfaisante à mes yeux: sacrifier une partie du sens en suivant Maître Capello (réussir à = pouvoir), ce qui transformerait la phrase initiale ainsi:
    Aux affaires en 2013, [le syndicat] n’a rien pu enrayer pour les générations futures, au contraire.
     

    k@t

    Senior Member
    Français de France
    Je ne saisis pas en quoi réussir à faire peut avoir une valeur modale
    Pour ma part, ça me semble assez clair, faute de savoir mieux vous l’expliquer, voici - parmi d’autres - deux extraits d’ouvrages de linguistes :

    (source)



    (source)

    L'expression de la modalité est un continuum, où les périphrases sont plus ou moins grammaticalisées et où les verbes conjugués sont plus ou moins désémantisés. À ce titre, il est évident que réussir à + infinitif n’est pas la périphrase la plus grammaticalisée, ni le verbe auxiliant, modalisateur, pivot, ou quelle que soit la façon de le nommer, le plus désémantisé.

    Ainsi, Sandrine Chevillon signale-t-elle que
    [l]a liste de ces auxiliaires n'est cependant pas fermée : si certains ont indiscutablement un statut comparable à avoir et être, d'autres possèdent un sens lexical qui les rapprochent plutôt d’un verbe ordinaire.
    source
     

    ancenis

    Senior Member
    français/France
    Pour ma part, ça me semble assez clair, [...] voici - parmi d’autres - deux extraits d’ouvrages de linguistes :
    Ah la la, mais rien n'est moins clair au contraire, et depuis Aristote, on s'écharpe sur les limites de la modalité; qu'est-ce qui est modal ou pas ? Je ne veux pas me lancer dans une grande réfutation et brandir des contre-exemples, mais lisez simplement les pages 5 à 10 et la page 40 de votre source 2 (Gosselin), où il explique le clivage entre réductionnistes partisans d'une sémantique formelle de la modalité et l'approche élargie dont il se réclame.

    Pour certains linguistes en effet, la modalité peut aller très loin, jusqu'à inclure tous les verbes, même sans marqueurs. votre autre source par exemple considère bégayer comme un verbe modal implicite puisque je cite "il représente une modalité de parler de l'opérateur basique (parler d'une certaine manière)." Voir p.8, où on donne d'autres exemples. A ce niveau, on peut donc considérer tout synonyme comme modal. Comme vous l'avez compris, je suis plutôt dans l'approche fonctionnelle plus restreinte héritée d'Emile Benveniste (oui, il faut bien que j'en cite un à moi quand même...). Trop de modalité tue la modalité pourrait-on dire.
    Parce que finalement, c'est très facile de modaliser comme cela, on peut modaliser sans le savoir comme Monsieur Jourdain (un comble, puisque la modalité demande un investissement du locuteur sur son énoncé). Je peux inventer aussi des énoncés qu'on pourrait dire modaux, et sans me cantonner aux relations entre synonymes:
    - Que fait-il ?
    - Il écrit.

    Quelle valeur ? Simple assertion (en ce moment il tient un stylo et inscrit des caractères sur une feuille) ?, ou modalité, si le locuteur n'est plus dans le constat mais fait du verbe une propriété intrinsèque du sujet (Il écrit, au lieu de et en place de: C'est un écrivain) ? Les deux assurément selon le contexte. Et en voilà un à rajouter à la liste.

    faute de savoir mieux vous l’expliquer
    Pour en revenir à réussir à vs pouvoir, moi je vais essayer d'expliquer plus précisément mon point de vue.

    Je réussis à faire mon exercice: constat d'un accomplissement de l'action, qui n'engage que la capacité du sujet par rapport à elle. Assertion simple, aucun marqueur de l'attitude du sujet par rapport à l'action. réussir est un constat que l'action se vérifie, une information.

    Je peux faire mon exercice: le modal pouvoir introduit une modalité marquant un degré de certitude (ici absolue) du sujet à propos de l'action (ce que les linguistes nomment une modalité épistémique) qui n'existe pas dans la première proposition. Le locuteur n'énonce pas seulement une affirmation, il exprime une attitude par rapport à l'action. Notez bien que la modalité ne concerne pas la réalisation de l'action elle-même (dans les deux phrases, elle ne fait aucun doute), mais elle donne une information sur la façon dont le locuteur envisage cette action.
    Cette modalité est d'ailleurs ambigüe, et peut dépendre du contexte:
    Je peux faire mon exercice, si on m'aide: la modalité est toujours épistémique, mais avec un degré de certitude infiniment moindre, le locuteur exprimant comme non-certaine la réalisation de l'énoncé, alors que: Je réussis à faire mon exercice, si on m'aide fonctionne très mal, voire pas du tout, et exige pour se mettre en conformité avec la restriction au moins un conditionnel (Je réussirais à faire mon exercice, si...) et c'est logique, l'assertion simple ne pouvant s’accommoder d'une restriction, le changement de mode verbal pallie l'absence du modal et vient à la rescousse. Le conditionnel peut s'ajouter certes au modal aussi dans la première phrase, mais ce n'est pas aussi nécessaire. Un indice de plus du (bon, je vais dire "discutable" pour ne pas froisser tout une armée d'honorables linguistes) caractère modal de réussir à.
     
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    k@t

    Senior Member
    Français de France
    Mais on est bien d’accord, les auteurs que j’ai cités ont une position médiane.
    Vous, vous adoptez une position restreinte, pourquoi pas. Et oui bien sûr, les différentes approches sont défendables.
    Je ne saisis pas en quoi réussir à faire peut avoir une valeur modale
    Mais cette position n’empêche pas, ne devrait pas empêcher, sinon d’accepter du moins de saisir pourquoi on peut considérer que réussir à a une valeur modale / aspectuelle (s’entend non selon une conception élargie, mais selon une conception médiane), a fortiori si on connait bien la question, ce qui semble être votre cas.

    our en revenir à réussir à vs pouvoir, moi je vais essayer d'expliquer plus précisément mon point de vue.
    Sans entrer dans le détail, parce que ça déborde du sujet, vous mélangez les torchons avec les serviettes : je vous parle modalité aspectuelle, vous m’opposez modalité aléthique. Si vous appliquez votre raisonnement à Je commence à faire mon exercice (commencer à qui fait partie de la liste « canonique » des modaux), vous devez conclure que commencer à n’est pas un modal.
    Bon, tout ça est certes intéressant, mais comme je l’ai dit précédemment, de toute façon, je doute fort que cette structure soit limitée aux modaux (version restreinte).

    Il n’a rien réussi à avaler.
    Il n’a rien oublié d’acheter.
    Il n’a rien cherché à savoir.
    Il ne lui a rien demandé de faire.


    me paraissent irréprochables. Dans l’usage, chaque fois que ce sera possible, on fera sans doute l’économie de l’infinitif. C'est possiblement une parmi les raisons qui rendent ces structures peu naturelles (du moins pour certains). Cette ellipse de l'infinitif est potentiellement faisable pour les phrases ci-dessus 2 et 4 :

    Il a encore oublié d'acheter un truc ?! ça lui arrive tout le temps !
    Non, non, t'inquiète, il n'a rien oublié.

    Je suis sûr qu'il lui a demandé de faire la vaisselle, la lessive, le repassage et de laver les vitres !
    Ben non, il ne lui a rien demandé.


    En revanche, elle n'est pas possible pour les 1 et 3 qui oh ! surprise sont considérées comme ayant une valeur modale par l’approche médiane.

    Alors, il a réussi à avaler quelque chose ?
    *Non, il n'a rien réussi.

    dans l'usage, sans doute se contentera-t-on - quand c'est possible - d'un simple Non, rien.

    Est-ce qu'il a cherché à savoir si blablabla ?
    *non, il n'a rien cherché.
     
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