Nous sommes dévolus à accompagner les morts

Aoyama

Senior Member
français Clodoaldien
Bonjour à tous.
Je rencontre dans un texte (manuscrit en attente de publication) la phrase suivante : (...) nous sommes dévolus à accompagner les morts, nos morts.
Dans le sens, évidemment, de : "il nous incombe de ..."
C'est un emploi de dévolu que je connaissais pas.
Est-il vraiment le même que : "Voilà comment la récompense due au talent est dévolue à la nullité." (Balzac) ?
Et cet emploi est-il courant/possible ?
On trouve encore dans Google cet exemple :
De temps en temps les sauvages m’invitaient à descendre et à me laisser tuer avant la fin du jour, afin de leur épargner la peine de me dépecer pendant la nuit. J’étais dévolu pièce par pièce aux différen[t]s chefs dont chacun désignait celle qu’il voulait avoir, … . (Dillon, Voyage dans la mer du sud, Revue des Deux Mondes, 1830, tome 1)
Mais alors, aussi, dévolu en tant que participe passé aurait-il un infinitif ?
 
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  • Punky Zoé

    Senior Member
    Pau
    France - français
    Bonjour !

    Le sens de la phrase est clair, il n'y a pas de difficultés de compréhension, mais je crois que ce qui est troublant c'est que ce soit une/des personnes qui soient dévolues. Dans les exemples classiques, ce sont des choses qui sont dévolues...
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    Le sens est "clair" ... On le déduit. Mais est-ce courant ? Le problème se pose pour un manuscrit en lecture avant édition. Cet emploi est-il acceptable ?
    Dans les exemples classiques, ce sont des choses qui sont dévolues...
    bien d'accord, mais ici "choses" est un sujet passif , alors que dans l'exemple (moderne) cité, ainsi que dans l'autre, le sujet est actif .
     

    Nicomon

    Senior Member
    Français, Québec ♀
    Bonjour,

    J'ai trouvé le même exemple ici, sous la définition juridique de dévolu = échu en vertu d'un droit.

    En extrapolant un peu (bon d'accord... beaucoup) on pourrait à la rigueur réécrire : j'étais / mon corps était transporté, pièce par pièce...

    Le sens est "clair" ... On le déduit. Mais est-ce courant ?
    Poser la question... c'est y répondre. À mon avis non, ce n'est pas courant. Tout au moins, pas chez nous.
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    on pourrait à la rigueur réécrire : j'étais / mon corps était transporté, pièce par pièce...
    Ah non, je ne crois pas. Ici ce serait, comme dans la définition juridique : "mon corps revenait , morceau par morceau , aux différents chefs ...".
    Je demande si quelqu'un aurait déjà rencontré ce type d'emploi ailleurs (où ?), car le problème ici est de savoir si c'est emploi est acceptable ou non. Certains disent que non.
     

    Punky Zoé

    Senior Member
    Pau
    France - français
    Alors, si on est puriste, on doit rejeter cet usage de dévolu et utiliser plutôt, dans ce contexte, destinés (ou condamnés).
     

    Xence

    Senior Member
    Algeria (Arabic - French)
    Mais alors, aussi, dévolu en tant que participe pasé aurait-il un infinitif ?
    Dans une remarque en marge de l'article dévolu, le TLF affirme effectivement que l'infinitif dévoluer est attesté dans plusieurs documents.
    2. La docum. atteste, exceptionnellement, à partir de 1893 (E. Perrier, Zool., t. 1, p. 943) l'emploi d'un verbe trans. (dér. de dévolu) dévoluer.
    Le rôle musical que la liturgie milanaise a continué de dévoluer aux diacres (Gastoué, Orig. chant romain, 1907, p. 285).
    Il [le juriste] dévolue à celui-ci [le droit individuel] la réglementation des guerres, des conflits et des délimitations (J. Vuillemin, Être et trav., 1949, p. 114).
    Une forme de part. passé passif dévolué au sens de « échu » et un inf. dévoluer au sens de « échoir » (corresp. au b. lat. jur. devolutus, devolvi) sont sporadiquement attestés du xive au xvie siècle.
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    Bravo.
    Je n'avais (à tort) même pas regardé.
    La remarque précédente (1) est elle aussi instructive :
    Rem. 1. Dans certains cont., l'adj. dévolu est traité comme un part. passé. Les facultés que la nature nous a dévolues (C. Bernard, Introd. ét. méd. exp., 1865, p. 57). Je tenais pour une chance insigne que le ciel m'eût dévolu précisément ces parents, cette sœur, cette vie (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 48).
    L'exemple tiré de S. de Beauvoir est lui aussi intéressant car c'est encore un sens un peu différent des deux précédents (ici "attribué", dans ces deux exemples).
     

    Nicomon

    Senior Member
    Français, Québec ♀
    Ah non, je ne crois pas. Ici ce serait, comme dans la définition juridique : "mon corps revenait , morceau par morceau , aux différents chefs ...".
    Mon erreur : j'ai mal interprété (en précisant tout de même que j'extrapolais beaucoup) le début de cette définition de la page de Wikipedia. :eek:

    Qui passe, qui est transporté d’une personne à une autre, qui est acquis, échu à quelqu’un en vertu d’un droit.
    Comme PZ, je dirais aussi nous sommes destinés, dans le cas du manuscrit.
    Sinon: la responsabilité d'accompagner nos morts nous est dévolue. Un peu bancal, j'avoue.
     
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    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    la responsabilité d'accompagner nos morts nous est dévolue. Un peu bancal, j'avoue.
    Oui, je suis d'accord avec ça, ce n'est pas bancal, même si cela pourrait être un peu différent de ce que l'auteur entendait à l'origine. Mais je laisserai finalement la phrase telle quelle car à bien y regarder l'usage existe, même s'il est inhabituel. On se ferait taxer d'ignorance si on le refusait ...
     
    Last edited:

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    Je reviens sur :
    Dans une remarque en marge de l'article dévolu, le TLF affirme effectivement que l'infinitif dévoluer est attesté dans plusieurs documents
    Dévoluer, construit sur le modèle d'évoluer (dévolution, évolution) pose un problème intéressant (pour moi) : le participe passé de dévoluer serait donc "dévolu" (sur le modèle de "vouloir") alors que pour évoluer on a "évolué". Mais "dévoluer" est bien un verbe du premier groupe ...
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    Très intéressant, merci.
    C'est un avis, mais qui ne tient pas compte de ce que :
    le TLF affirme effectivement que l'infinitif dévoluer est attesté dans plusieurs documents.
    mais si on regarde bien, on trouve d'autres exemples de ces adjectifs qui ont l'apparence de p.p. mais qui ne renvoient à aucun verbe existant :
    révolu, dissoulu (apparenté à dissoudre mais différent) ...
     

    Chimel

    Senior Member
    Français
    C'est un avis, mais qui ne tient pas compte de ce que :

    le TLF affirme effectivement que l'infinitif dévoluer est attesté dans plusieurs documents.
    Oui, mais le TLF précise "exceptionnellement" et il ne donne que deux exemples qui ne sont pas vraiment dus à des auteurs qui font autorité... En fait, ce "dévoluer" utilisé dans un obscur ouvrage de 1907 sur les origines du chant romain est peut-être une simple faute, mais qui, avec la patine du temps, a acquis certaines lettres de noblesse (alors que si un journaliste écrivait aujourd'hui "dévoluer", tout le monde hurlerait au barbarisme ! :)).

    Bref, tu fais bien sûr ce que tu veux, mais à ta place je n'écrirais pas "Nous sommes dévolus à accompagner les morts". C'est une phrase qui me heurte.
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    ... écrite par une Belge de Charleroi, assez pointilleuse sur son français .

    Je ne sais pas si vraiment "dévoluer"
    avec la patine du temps, a acquis certaines lettres de noblesse
    (mais S. de Beauvoir l'a aussi employé -indirectement- employé) mais sans nul doute
    si un journaliste écrivait aujourd'hui "dévoluer", tout le monde hurlerait au barbarisme !
    ou à un néologisme bizarre.
    Dévoluer est une curiosité, sûrement un peu futile.
    Quant à nous sommes dévolus à accompagner les morts, nos morts, notre Carolorégienne (c'est comme ça qu'on dit ?) y tient, mordicus.
    On doit le lui laisser.
     
    Last edited:

    tilt

    Senior Member
    French French
    Nous sommes dévolus à accompagner les morts ne me choque pas le moins du monde.
    Contrairement à ce que PZ avance dans le message n° 2, pour moi, une personne peut être dévolue aussi bien qu'une chose.
    J'imagine bien un amoureux un tantinet romantique déclarer à sa bien-aimée : Je vous suis dévolu.
     

    Chimel

    Senior Member
    Français
    Laisse-le lui, alors, Aoyama. L'auteur, comme le client, est roi (mais le lecteur, comme le vendeur, est libre de n'en penser pas moins... :)).

    NB: Un habitant de Charleroi est un(e) Carolorégien(ne). Souvent abgrégé en "Carolo": c'est un vrai Carolo, il a l'accent carolo... :)
     

    Aoyama

    Senior Member
    français Clodoaldien
    J'imagine bien un amoureux un tantinet romantique déclarer à sa bien-aimée : Je vous suis dévolu
    Vous l'avez voulu, moulu et fourbu, je vous suis tout dévoulu serait même plus classe peut-être. Mais on est ici dans l'adjectif (qui ne pose pas de problème, il est employé souvent), pas le vrai p.p. de nous sommes dévolus à + infinitif.

    L'auteur, comme le client, est roi
    Oui Charles ... roi :D:p
     
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