pourquoi la terminaison verbale -ent ne se prononce pas

Discussion in 'Etymology, History of languages, and Linguistics (EHL)' started by Charlie Parker, Dec 1, 2009.

  1. Charlie Parker

    Charlie Parker Senior Member

    English Canada
    Mes élèves trouvent difficile à se rappeler que cette terminaison ne se prononce pas. Je leur ai souvent expliqué qu'au fil du temps la prononciation a disparu. C'est tout simplement l'évolution de la langue française. Aujourd'hui, quelqu'un m'a demandé pourquoi et je ne savais que dire. Je sais que la terminaison ont à la troisième personne au présent existe dans certaines régions au Canada telles que le Nouveau Brunswick. Quelqu'un peut-il me donner une explication linguistique pour ce phénomène ou me renvoyer à un site web ? Merci d'avance
     
  2. Punky Zoé

    Punky Zoé Senior Member

    Pau
    France - français
    Bonjour

    Je n'ai pas l'explication :eek:, mais juste une petite phrase toute simple qui illustre cette difficulté de prononciation : les poules du couvent couvent.
     
  3. CapnPrep Senior Member

    France
    AmE
    L'explication réside dans l'accentuation. Les mots en latin pouvait être accentués sur l'avant-dernière ou même l'avant-avant-dernière syllabe. En général, cette même syllabe reste accentuée en français, mais toutes les syllabes suivantes ont disparu, ou bien leurs voyelles se sont réduites à e muet.

    Dans le cas des verbes de la 3e personne du pluriel, les terminaisons latines -ant, -ent, et -(i)unt (qui ne portaient pas l'accent) sont toutes passées à -ent :
    trobant, donant, valent, veniunt →
    trouvent, donnent, valent, viennent
    Le groupe final -nt ne pouvait pas se maintenir après cette voyelle faible. Le [n] est tombé d'abord, sans nasaliser la voyelle, et le [t] est tombé plus tard avec les autres consonnes finales (qui réapparaissent parfois dans les liaisons).

    Dans l'exemple de PZ, la graphie commune <couvent> masque deux origines et deux évolutions très différentes :
    cubant → couvent (verbe)
    conventum → couvent (nom)​
     
  4. Charlie Parker

    Charlie Parker Senior Member

    English Canada
    Merc Punky Zoé et CapnPrep.
     
  5. Fred_C

    Fred_C Senior Member

    France
    Français
    Bonjour,
    J'approuve parfaitement cette explication.
    La prononciation des verbes français suit celle de tous les autres mots français en dérivation naturelle du latin : La place de l'accent tonique s'est conservée au cours de l'histoire et les syllabes qui suivent ont été réduites ou "phagocytées"
    voyez par exemple :
    "Martyre" <- "MarTYrium"
    "prêtre" <- "PRESbyter"
    "presbytère" <- "presbyTErium", etc...
    La véritable question est de savoir pourquoi on a conservé la terminaison (latine) NT derrière un E muet.
     
  6. Chimel Senior Member

    Belgium
    Français
    Je pense que, sans nécessairement entrer dans les explications très pertinentes qui ont été données ici, tu peux aussi leur dire que la plupart des langues présentent des écarts "inexplicables" (à première vue) entre ce qui se dit et ce qui s'écrit. Il peut s'agir de vestiges de prononciations anciennes, d'influences de langues étrangères...

    L'anglais n'est pas en reste, par exemple avec le k- initial non prononcé lorsqu'il est suivi d'un -n.

    J'ai souvent constaté que les élèves étaient rassurés de savoir qu'un phénomène apparemment illogique dans la langue étrangère existait aussi dans leur propre langue, la plupart du temps sans qu'ils s'en aperçoivent.
     
  7. Charlie Parker

    Charlie Parker Senior Member

    English Canada
    Merci Fred pour ces autres exemples qui illustrent ce principe et merci Chimel pour cette comparaison avec l'anglais. Je prononce souvent night et knight de façon allemande pour expliquer aux élèves comment l'anglais a laissé tomber la prononciation de certaines consonnes.
     
  8. CapnPrep Senior Member

    France
    AmE
    Mais on a conservé toutes les terminaisons latines à deux consonnes ! :D (Non, je pense qu'il n'y en a pas d'autres, à part le <ns> du participe présent, disparu avec le cas sujet, cf. infans > enfes).

    Plus sérieusement : On a bien conservé <s> dans les mêmes conditions (donnes, faites, etc.), donc <nt>, terminaison plus étoffée, devait survivre aussi (à la différence de <m>, et du <t> simple).

    Et si on a continué d'écrire <nt>, c'est peut-être parce qu'on prononçait toujours le [n], mais c'est aussi par analogie avec les formes ont, sont, vont, font, ou pour éviter une confusion possible avec la 3e pers. sing. (par contre, a l'oral, c'est raté…)
     
  9. brian

    brian Senior Member

    Montréal
    AmE (New Orleans)
    Salut,

    je voulais juste souligner que dans certaines régions de la Louisiane on prononce la terminaison -ent et donc pour ça il y a des auteurs qui l'écrivent comme -ont, par exemple parlont au lieu de parlent.

    Mais je ne connais pas la raison historique pour ce phénomène. Peut-être que dans le passé même en France on la prononçait?...
     
  10. phosphore Senior Member

    Serbian
    La terminaison -ent, provenant des terminaisons latines -ant, -ent, -(i)unt, se prononçait [ənt] du VIIe jusq'au XIIIe siècle. A cette époque-là la plupart des consonnes finales se sont amuïs et, comme le schwa ne pouvait pas être nasalisé, on est arivé à la prononciation [ə]. Mais au début du XVIIe siècle tous les schwas en position finale s'amuïssent et on arrive, finalement, à la prononciation contemporaine.
     

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