Quand j'étais petit, j'avais écouté X - plus-que-parfait

Alessa Azure

Senior Member
russe
Bonjour, :)

Par 4 chemins, Simon Delisle, 24 heurs (journal) :

Je me souviens, quand j'étais petit, j'avais écouté un spectacle de (...) avec mes parents. Dans son spectacle, il passait à travers la muraille de Chine, faisait disparaitre la tour Eiffel, et j'en passe.

Pourriez-vous m'expliquer s'il vous plait pourquoi l'auteur emploie plus-que-parfait : j'avais écouté un spectacle ? Pourquoi ne pas choisir un passé composé ?

Merci
 
  • Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    Le plus-que-parfait est ici vraiment curieux ; le passé composé aurait été beaucoup plus logique.

    Il y a en fait de nombreuses tournures étranges dans tout le reste de l'article. Certaines sont sans doute typiquement québécoises, mais d'autres sont tellement inattendues que je me suis même demandé si elles n'étaient pas le fait d'un étranger. L'auteur semble pourtant vraiment être de langue maternelle française…

    P.S.: N'oubliez pas de toujours donner un lien vers la source lorsque c'est possible, nous permettant ainsi d'avoir le contexte complet.
     

    Alessa Azure

    Senior Member
    russe
    Voici le lien vers la source, la phrase est au début de l'article. Je pense que, parfois, les gens écrivent comme ils parlent, peut-être que c'est le cas. En tout cas, je ne vois aucune tournure québécoise, mais les Québécois mêmes sauront mieux vous répondre, sans doute.

    Oui, il est humoriste, rédige la rubrique Par 4 chemins, alors le français est sa langue maternelle, j'imagine.

    Merci pour votre réponse.
     

    Nicomon

    Senior Member
    Langue française ♀
    Simon Delisle est né à Chicoutimi dans la région du Saguenay.
    Le français parlé au Saguenay/Lac Saint-Jean est un peu... différent.

    Je ne sais pas si cet usage du plus-que-parfait est typique de la région, mais moi aussi, j'aurais mis le passé composé. Et oui, il y a dans cet article quelques tournures ou expressions qui me semblent typiquement québécoises, mais ce serait l'objet d'un autre fil. ;)
     
    Last edited:

    k@t

    Banned
    Français de France
    Bonjour, :)

    Je ne sais pas ce qu'il en est dans la région d'origine de Simon Delisle, mais en français de France, c'est là un usage vraiment banal du plus-que-parfait, où il n'exprime pas l'antériorité par rapport à un autre évènement passé, mais simplement par rapport au moment de l'énonciation (il a bien sûr également sa valeur d'accompli). Comparé à un passé composé, il peut éventuellement permettre de souligner l'éloignement de l'évènement par rapport au présent. On ne pourrait ainsi pas avoir :
    Je me souviens, hier, j'avais vu le spectacle de X avec mes parents. :cross:

    Le plus-que-parfait dans ce cas précis ne fonctionne en effet pas, cela dit, il suffit de remplacer hier par une notion plus vague, mais néanmoins très proche du moment de l'énonciation pour que ça ne fasse plus problème :
    Je me souviens, il n'y a pas très longtemps, j'avais vu...

    Dans ce cas, il ne peut être question de souligner l'éloignement objectif de l'évènement par rapport au présent. Peut-être s'agit-il de marquer un éloignement subjectif. Aucune certitude, juste une supposition.

    Il est d'ailleurs des cas où le PQP marche très bien, alors même qu'il signifie un évènement très proche (possiblement quelques heures avant pour le premier exemple) du moment de l'énonciation, par exemple :
    • C’est maintenant que tu arrives ? Je t’avais dit de ne pas être en retard ! (je t’ai fait cette recommandation assez tôt pour que tu en tiennes compte, normalement)
    • J’aime bien cette ville, on m’en avait pourtant dit beaucoup de mal. (on m’en a toujours dit du mal)
    Indicatif plus-que-parfait en français — Wikipédia

    Peut-être pour ces deux exemples pourrait-on arguer de l'existence d'un évènement passé implicite par rapport auquel le PQP serait antérieur. Par exemple :

    Je t'avais dit de ne pas être en retard avant que tu ne partes.
    On m'en avait pourtant dit beaucoup de mal avant que j'y aille.


    (Ce qui me parait surtout surprenant dans cette histoire, c'est l'usage du verbe écouter, alors qu'il s'agit d'un spectacle vu et où la vision est clairement plus importante que l'ouïe. Delisle n'est apparemment pas aveugle, bizarre, bizarre.)
     

    Nicomon

    Senior Member
    Langue française ♀
    Le plus-que-parfait ne me fait pas tiquer dans les exemples de Wikipedia mais je continue de le trouver curieux précédé comme ici de : « Je me souviens, quand j'étais petit ».

    J'en resterai là : curieux, sans plus.

    Pour ce qui est de l'usage du verbe écouter... je soupçonne qu'il a vu le spectacle en question à la télé.
    Perso, je dis en général que je la regarde, mais au Québec, il n'est pas rare d'entendre : écouter la télé.
    voir / regarder / écouter (un film, un DVD)
     
    Last edited:

    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    Peut-être pour ces deux exemples pourrait-on arguer de l'existence d'un évènement passé implicite par rapport auquel le PQP serait antérieur.
    C'est possible, mais je pencherais plutôt pour le fait que dans ces deux exemples le plus-que-parfait coupe complètement le lien que le passé composé a avec le présent. En effet, il s'agit en quelque sorte d'une irréalité vu que la demande n'a pas eu l'effet escompté, que le souhait ne s'est pas réalisé. Il y a d'ailleurs une opposition, implicite dans le premier exemple et explicite dans le second (marquée par pourtant, mais on pourrait également avoir mais, alors que, bien que, etc.).

    Mais dans l'exemple initial, il n'y a rien de tel, rien dans le reste du contexte qui puisse vraiment justifier le plus-que-parfait. Cela dit, je ne dis pas que le plus-que-parfait soit faux, seulement qu'il est pour moi ici moins approprié et naturel que le passé composé.
     

    k@t

    Banned
    Français de France
    le plus-que-parfait coupe complètement le lien que le passé composé a avec le présent.
    Effet dû à la valeur d’accompli du passé (passé révolu) que le PQP a, que l’on retrouve dans la première phrase, et qui permet de souligner l’éloignement / le détachement / la rupture (objectifs ou subjectifs) entre cet évènement et le moment de l’énonciation / le temps présent.

    Il y a d'ailleurs une opposition,
    Oui mais l’opposition n’est pas portée par le PQP, on la retrouve tout autant avec du présent ou du PC.
    J’aime bien cette ville,
    on m’en dit pourtant beaucoup de mal.
    on m’en a pourtant dit beaucoup de mal.
    on m’en avait pourtant dit beaucoup de mal.


    Encore une fois, cet usage du PQP est très banal et me parait tout ce qu’il y a de plus naturel (y compris dans la phrase objet de ce fil).
     

    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    Encore une fois, cet usage du PQP est très banal et me parait tout ce qu’il y a de plus naturel (y compris dans la phrase objet de ce fil).
    Je ne partage pas votre avis. Pour moi le plus-que-parfait n'est certainement pas banal dans la phrase proposée initialement compte tenu de la suite du texte. J'en resterai toutefois là.
     

    OLN

    Senior Member
    French - France, ♀
    Pour ce qui est du plus-que-parfait, je partage l'idée de l'expression d'antériorité lointaine et le choix de la concordance des temps ne me choque pas tant que Maître Capello.
    "Dans son spectacle, il passait à travers la muraille de Chine, faisait disparaître la tour Eiffel,..." : à l'imparfait parce que le comédien* le faisait à chaque représentation. On pourrait ensuite poursuivre la narration au plus-que-parfait, par exemple par Je me souviens que le spectacle m'avait ébloui ou Après le spectacle, on avait mangé une glace.

    * en fait, l'illusionniste David Copperfield.
    […]
     
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